Antidécrochage
Quand la tension de votre réseau monte trop, votre batterie absorbe le surplus pour éviter que votre onduleur solaire ne soit contraint de s'arrêter.
L'essentiel
- Elle surveille la tension de votre raccordement et se charge de façon proportionnelle dès qu'elle s'approche du niveau qui obligerait votre onduleur photovoltaïque à se déconnecter.
- Elle réduit le nombre et la durée des arrêts de production (les « décrochages »), donc les kWh perdus.
- Elle existe en deux niveaux : logiciel (inclus de série sur votre batterie) et matériel (un chargeur solaire optionnel, pour les situations les plus sévères).
- Elle est surtout utile si votre réseau local est sujet aux surtensions ; elle a moins d'intérêt si vous bénéficiez encore de la compensation intégrale — voir Pour qui c'est utile.
Pourquoi les onduleurs décrochent
Dans les quartiers où de nombreuses habitations produisent de l'électricité solaire, tout le monde injecte son surplus au même moment : en milieu de journée, par beau temps. Le réseau basse tension de votre rue n'a pas été dimensionné pour ce genre d'exportation massive et simultanée, et plus il y a d'injection en même temps, plus la tension locale monte.
Au-delà d'un certain niveau, la réglementation impose à votre onduleur photovoltaïque de se déconnecter, pour protéger les appareils électriques du quartier contre une tension excessive. C'est la norme belge Synergrid C10/11 (édition 2.4 du 15 octobre 2025) qui fixe ces limites : 253 V en moyenne sur 10 minutes, ou 264,5 V en instantané. Une fois déconnecté, l'onduleur ne produit plus rien : cette énergie n'est ni autoconsommée ni injectée. C'est un décrochage — voir le lexique.
Sans intervention, ce phénomène peut se répéter plusieurs fois par jour : la tension redescend dès que l'onduleur s'arrête, il redémarre, elle remonte, et il décroche à nouveau — et ainsi de suite. On appelle cela le pompage : une perte de production évitable, et des cycles marche-arrêt inutiles pour votre installation.
👉 Pourquoi deux maisons de la même rue ne décrochent pas de la même façon — distance au poste, section des câbles, déséquilibre des phases — est expliqué dans La tension de votre raccordement.
Comment ça marche
Votre batterie réagit en continu et de façon proportionnelle à la tension qu'elle mesure sur votre installation : plus celle-ci s'approche du seuil de déconnexion, plus la batterie absorbe de puissance pour la faire redescendre. Elle agit comme un tampon entre vos panneaux et le réseau, avec une montée en puissance progressive plutôt qu'un déclenchement brutal.
Le niveau de tension auquel elle commence à réagir n'est pas une valeur fixe : il est appris à partir de l'historique de tension et de production propre à votre installation. À titre purement indicatif, cela se situe souvent aux alentours de 248 V — mais ce chiffre n'a rien de contractuel. Deux maisons de la même rue, raccordées différemment ou plus ou moins proches du poste de distribution, peuvent avoir des seuils sensiblement différents : ce chiffre n'est donc jamais à lire comme une garantie.
Sur une installation triphasée, chaque phase est surveillée et pilotée indépendamment : si une seule phase dépasse son seuil, c'est elle seule qui déclenche la réaction de la batterie.
Concrètement, votre batterie ajuste son comportement en trois temps au fil de la journée :
- Tôt le matin, elle libère de la capacité. Tant que la tension est encore basse, elle se décharge un peu afin de se réserver de la place pour absorber le surplus qui arrivera plus tard dans la matinée.
- En journée, elle reste en veille active. Dès que la tension mesurée s'approche de son seuil propre à votre installation, elle charge de façon proportionnelle — d'autant plus fort que la tension est élevée.
- En fin de journée, elle recharge complètement. Une fois la tension redescendue durablement, elle se remplit pour assurer votre autonomie du soir et de la nuit.
Antidécrochage logiciel
C'est le niveau inclus de série sur votre batterie : elle pilote sa charge pour limiter les hausses de tension, selon le principe décrit ci-dessus.
Sur ce type de raccordement, la fonction logicielle n'agit que sur les onduleurs photovoltaïques câblés sur les phases connectées à la batterie. Si votre installation est concernée, parlez-en à votre installateur : l'antidécrochage matériel peut offrir une couverture plus complète.
Antidécrochage matériel
Dans les cas les plus sévères, le logiciel ne suffit plus : l'onduleur photovoltaïque ne redémarre même pas. On ajoute alors un chargeur solaire entre les panneaux et la batterie. Vos panneaux chargent la batterie directement, en courant continu, sans passer par l'onduleur : cette production devient insensible aux décrochages côté réseau. L'excédent alimente d'abord la maison, puis charge la batterie jusqu'à ce qu'elle soit pleine.
Connecter vos panneaux directement à la batterie permet aussi de piloter cette production pour l'intégrer à la charge intelligente, notamment si vous êtes en contrat à prix dynamiques.
Comment choisir entre les deux
| Ce que vous observez | Ce que cela signifie |
|---|---|
| Décrochages occasionnels, l'onduleur redémarre rapidement | L'antidécrochage logiciel, inclus de série, est en général suffisant |
| L'onduleur reste à l'arrêt 10 minutes ou plus | Décrochage sévère : l'antidécrochage matériel mérite d'être envisagé |
| La tension dépasse environ 250 V sur une phase, même onduleur à l'arrêt | Décrochage sévère : l'antidécrochage matériel mérite d'être envisagé |
En cas de doute, parlez-en à votre installateur : il peut évaluer la sévérité de vos décrochages. D'autres questions sur ce choix figurent dans la FAQ fonctionnalités.
À ne pas confondre avec la protection réseau
L'antidécrochage et la protection réseau sont deux mécanismes différents, souvent confondus :
- L'antidécrochage aide votre onduleur à éviter le décrochage, en absorbant le surplus qui fait monter la tension. C'est une fonction de confort et de rendement, que vous pouvez désactiver.
- La protection réseau est une obligation réglementaire, toujours active : si malgré tout la tension dépasse le seuil, votre batterie coupe sa propre injection, puis la reprend progressivement — en environ 5 minutes — une fois la tension revenue à la normale, automatiquement et sans intervention de votre part. En triphasé, seule la phase concernée est bridée.
Voir aussi pourquoi ma batterie injecte le matin pour un cas concret où les deux mécanismes se rencontrent.
Ce que vous voyez dans l'application
Sur les créneaux où l'antidécrochage agit, l'écran Planification de votre application affiche le mode Anti-décrochage. Comme pour la charge intelligente, les vues hier, aujourd'hui et demain permettent de repérer ses déclenchements.

Une journée à risque : l'antidécrochage occupe toute la plage de production, de 6 h à 18 h. En dehors, la batterie revient à l'autoconsommation.
Ce que ça change sur votre facture
Exemple illustratif. Les montants du graphique ci-dessus, comme celui qui suit, valent pour une installation de 5 kVA et 5 kWc — le cas résidentiel le plus courant. Prenons donc un foyer qui produit 5 000 kWh par an et qui en consomme autant, avec un prix moyen de l'électricité achetée au réseau de 0,40 €/kWh, taxes et frais compris. Des décrochages qui font perdre 20 % de la production annuelle représentent environ 1 000 kWh : cette énergie n'est ni autoconsommée ni injectée, et elle doit être remplacée par un achat au prix plein. Sur ces hypothèses, le surcoût annuel se situe autour de 400 € — une double peine, puisque vous ne produisez pas et devez en plus acheter l'énergie que vous auriez pu produire vous-même. D'autres exemples chiffrés sont détaillés dans notre article sur l'évolution des factures en Wallonie.
L'antidécrochage logiciel permet de récupérer une bonne partie de cette perte : selon les installations, on observe généralement entre 50 % et 85 % des kWh récupérés. C'est un ordre de grandeur, pas une valeur garantie : cette fourchette dépend fortement de la configuration électrique de votre rue (proximité du poste de distribution, nombre d'installations solaires voisines...) — deux maisons de rues différentes, ou même deux maisons de la même rue, n'obtiennent pas nécessairement le même résultat. Le bénéfice de l'antidécrochage matériel dépend lui aussi directement de la sévérité de vos décrochages.
Pour qui c'est utile
L'antidécrochage est surtout utile si votre onduleur photovoltaïque décroche réellement : arrêts de production visibles dans votre application ou signalés par votre installateur, en général en milieu de journée par temps ensoleillé.
La fonction prend surtout son sens si vous produisez beaucoup en été et comptez sur le réseau pour reprendre plus tard ce que vous y avez injecté : chaque kWh sauvé d'un décrochage est alors un kWh que vous récupérerez.
Si vous bénéficiez de la compensation (« le compteur qui tourne à l'envers »), un kWh injecté vous revient à pleine valeur. Sauver de la production d'un décrochage, c'est donc sauver de l'argent au prix du détail : la fonction est très rentable, et c'est précisément pour cette situation qu'elle a été conçue.
Hors compensation, un kWh injecté ne vaut plus que quelques centimes. Or l'énergie récupérée d'un décrochage est, le plus souvent, une énergie que vous n'auriez pas consommée sur le moment : elle part donc sur le réseau pour presque rien. Dans le même temps, l'antidécrochage logiciel prélève parfois du courant sur le réseau — au prix plein — pour faire baisser la tension. Le remède peut alors coûter plus que le mal. Si vous n'êtes plus sous compensation et que vos décrochages sont modérés, envisagez de désactiver la fonction, ou parlez-en avec nous.
Si votre réseau local n'est pas sujet aux surtensions, la fonction reste simplement discrète : elle ne vous prive de rien.
Activer ou désactiver
Rendez-vous dans Menu > Paramètres de la batterie > Antidécrochage : un interrupteur
Activé / Désactivé commande la fonction. Une fois désactivée, votre batterie cesse de réagir aux
variations de tension du réseau et revient à son comportement habituel.
La fonction ne peut être activée que si la puissance d'injection autorisée de votre installation est renseignée dans l'application — c'est cette valeur qui borne ce que votre batterie s'autorise à renvoyer sur le réseau. Tant qu'elle est absente, l'interrupteur reste grisé. Vous la trouverez sur votre document de raccordement, ou auprès de votre installateur.
À noter : la protection réseau réglementaire, elle, reste toujours active, quel que soit ce réglage. Elle ne se désactive pas, car elle relève d'une obligation et non d'un choix de confort.
Normal ou pas normal ?
| Ce que vous observez | Est-ce normal ? | Que faire |
|---|---|---|
| La batterie se décharge tôt le matin sans raison apparente | Oui, c'est la libération de capacité | Rien à faire |
| Elle charge fort en milieu de matinée alors que la production est encore modeste | Oui, si la tension locale s'approche du seuil propre à votre installation | Rien à faire |
| Vous êtes sous compensation intégrale et la fonction reste active | Normal, mais probablement peu utile pour vous | Voir Pour qui c'est utile ; envisagez de la désactiver |
| L'onduleur reste à l'arrêt 10 minutes ou plus, de façon répétée | Non : décrochage sévère | Contactez votre installateur, envisagez l'antidécrochage matériel |
| Production nulle en pleine journée ensoleillée, sans reprise | Non | Contactez votre installateur |
Si votre situation ne correspond à aucun de ces cas, votre installateur reste votre premier point de contact.